Le bébé humain naît avec un Savoir Premier, originel, relevant de l’essence de l’être : savoir ressentir et éprouver.

Ce Savoir Premier est constitutif de la vie phénoménologique, indissociable de la vie biologique.
 
Exemple :
Les pouponnières roumaines ont été durant de nombreuses années, des “fabriques à autistes”. Car le personnel ne tenait compte que de la vie biologique des enfants : les nourrir, les changer, les laver, sans les faire exister en tant qu’êtres ressentant et éprouvant.
Les enfants qui sortent de la pouponnière hongroise de LOCZY, à Budapest, créée par le Dr Emmi PIKLER depuis une soixantaine d’années, ne souffrent jamais de pathologie mentale. Ils ont pourtant souffert des mêmes traumatismes que les autres : orphelins, ou maltraités retirés à leur famille.
La spécificité de cette pouponnière désormais internationalement connue, est d’avoir formé tout le personnel à la prise en compte des besoins de la vie phénoménologique des bébés. Toute l’attention est portée au respect des besoins du ressentir et de l’éprouver.

Le Savoir Premier se colore chez chacun selon son expérience, devenant subjectivité propre à chaque individu. Le bébé, éponge à éprouver, sent les éprouvés des gens qui l’entourent, déjà de sa mère in utero. La pensée n’est que secondaire dans le développement de l’enfant, colorée, orientée par les premiers ressentirs et éprouvers* du bébé.

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Nous appelons EPROUVERS les actions d’éprouver, et RESSENTIRS les actions de ressentir. Les éprouvés et les
ressentis sont le résultat de ces actions, très dépendants des circonstances. Comme vivre, dont le résultat est un vécu. Nous intéressant aux moteurs, au mouvement de la Vie en chaque être, nous nous intéressons plus aux éprouvers et aux ressentirs, puisque ce sont des mécanismes de fonctionnement (qui déterminent l’être) et non des vécus subjectifs momentanés et circonstanciels.
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Les premiers ressentirs et éprouvers, fondations de l’être, génèrent des systèmes de filtre à travers lesquels l’enfant puis l’adulte qu’il deviendra, sent et éprouve sa propre existence et ses relations aux autres.
Les systèmes de filtre, propres à chacun, colorent le reste de l’existence, et souvent le déterminent.
Chaque être humain est donc extrêmement conditionné dès sa vie intra-utérine.


Certains de ces conditionnements sont heureux, mais souvent l’essentiel de notre énergie est utilisé, “accroché” à tenter de gérer les souffrances du passé, alors que ces souffrances ne sont généralement plus d’actualité, ou ne le sont qu’à travers la mise en œuvre de nos systèmes de filtre qui réactualisent le passé dans le présent.
La part de forces restantes, “libres”, est variable selon les individus.
Un travail d’évolution personnelle a pour but d’accroître la part de forces libres.

1. Ce qui détermine les êtres à chaque instant de leur existence est toujours ce qu’ils
sentent et éprouvent.


Tant dans le cadre professionnel que personnel, quels que soient la performance de ses outils techniques, ou le degré de ses connaissances intellectuelles, c’est toujours l’interaction des ressentirs et éprouvers de chaque interlocuteur qui détermine la relation et les réactions de l’autre. D’où l’importance de développer la Présence aux autres et la Présence à soi, l’attention aux éprouvers de chacun.
Aborder l’autre par un processus avant tout intellectuel, comme souvent rencontré, y compris dans l’enseignement et les métiers de soin où l’éprouver de l’autre est pourtant fondamental pour son développement ou sa santé, amène de nombreux dommages.

2. "Un enfant qui s’est senti respecté deviendra inévitablement respectueux des autres, et le restera tout au long de son existence"
- Alice MILLER - Psychanalyste, écrivain

Son entourage ayant respecté sa sensibilité - celle d’un enfant est immense - il n’aura pas besoin pour survivre de se “couper” de cette sensibilité. Resté en contact conscient avec celle-ci, il ne pourra pas se déshumaniser, car il lui sera impossible de ne pas sentir ce qui se passe pour son entourage. Il sera sensible à la sensibilité de l’autre.
L’humain a la capacité de se couper de sa sensibilité, pour échapper à la conscience de sa souffrance et colère. Sinon il ne pourrait pas survivre. Cela d’autant plus que l’enfant a un besoin vital de se sentir aimé et d’aimer. Il doit donc refouler
(“oublier”, passer dans l’inconscient) ses souffrances pour continuer de se sentir aimé (voire l’imaginer), et continuer d’aimer. Les éprouvers et ressentirs refoulés constituent l’Inconscient.

Un adulte qui n’a pas été respecté enfant peut retrouver le contact avec sa sensibilité et se défaire du poids émotionnel de ses souffrances passées, par un travail d’évolution personnelle. Les outils pour y parvenir sont enseignés en FORMATION 1.

3. Un des besoins les plus fondamentaux de l’être humain est de se sentir reconnu dans ce qu’il sent et éprouve.

Cela est encore plus fondamental que boire, manger et respirer. Les anorexiques, suicidaires, autistes, nous montrent bien comment le respect des besoins biologiques ne sont pas les éléments premiers du développement. L’essentiel est le respect et la reconnaissance de leur ressentir et leur éprouver. Il suffit que la personne se sente reconnue dans ce qu’elle éprouve pour qu’une partie de sa souffrance diminue, et qu’elle puisse prendre appui sur ses forces de Vie
(“C’est magique !” dit C. R., enseignante, au sujet de ses élèves).

4. Un des besoins les plus fondamentaux de l’être humain est de ne pas devenir fou.

Une façon de devenir fou est d’accepter
(bien involontairement) d’être “la chose” de l’autre.
Se sentir “la chose” de l’autre c’est avoir le sentiment qu’on n’existe pas en tant qu’individualité, qu’on n’est pas maître de son existence, qu’on ne peut choisir sa vie, que l’autre attend, exige, sans considération pour ses éprouvers, et/ou qu’on est utilisé pour les besoins de l’autre.
Exiger l’obéissance c’est favoriser chez l’enfant le sentiment d’être chosifié qui engendre résistance et agressivité, que celle-ci soit manifestée dans l’immédiat ou non.
Donner des limites, passer des contrats, n’a rien de comparable avec exiger l’obéissance.
La plupart des conflits avec les enfants viennent :
Soit d’un manque de savoir donner des limites et passer des contrats tout en respectant et reconnaissant les éprouvers des enfants
Soit d’attentes souvent inconscientes de parents narcissiquement fragiles, qui espèrent de leur enfant une réparation d’eux-mêmes.
 
Une loi, une règle, ne peut être réellement intégrée que :
Lorsque l’enfant se sent respecté dans son être (n’étant pas en rébellion ou en crainte vis à vis de l’extérieur, il peut accepter ce qui en est issu)
S’il comprend l’intérêt de la loi, ce qui suppose de le lui expliquer.
Il faut avoir intégré la loi, les règles, pour avoir conscience de les violer (d’où l’inutilité de punir s’il n’y a pas d’abord (ou conjointement) intégration. On ne fait qu’accroître l’agressivité par sentiment d’injustice).
 
Si l’enfant a été dirigé dans tous ses actes dès le berceau, il refoulera ses souffrances, et sa vie entière :
Tentera d’exprimer souffrances et colères inconscientes, souvent en les faisant vivre à d’autres
Et/ou obéira aveuglément à toute personne qui lui évoquera une image parentale puissante, surtout si celle-ci lui donne l’occasion d’extérioriser son agressivité (dictateur, gourou, fanatique religieux, qui ordonne de maltraiter ou massacrer des personnes cibles).

“On m’a toujours tout particulièrement inculqué qu’il fallait obéir immédiatement aux souhaits ou aux ordres de mes parents, de mes professeurs, du curé, etc., bref de tous les adultes, y compris les domestiques, sans me laisser arrêter dans cette tâche par quoi que ce soit. Quoi qu’ils disent, ils avaient toujours raison. Ces principes éducatifs ont imprégné jusqu’au tréfonds de mon être.” - Rudolf HÖSS, commandant d’Auschwitz

5. Plus globalement, un enfant dont on a respecté la sensibilité (ou un adulte après un travail d’évolution personnelle) est en lien avec la source d’amour qui est en lui, donnée avec la Vie. Car il reste en sentiment d’unité intérieure.

Celui dont on n’a pas assez respecté la sensibilité a besoin pour survivre de nier plus ou moins les parties souffrantes de lui-même. Il n’est plus dans un sentiment d’union, mais dans un processus de séparation, en lui, et avec l’extérieur. Il sera enclin à se centrer sur les manques induits par ses souffrances.

6. Toute souffrance engendre de l’agressivité.

Cette agressivité se manifestera sur le moment, contre l’enfant lui-même ou contre les autres, ou sera contenue jusqu’à ce qu’elle explose, en lui (maladie) ou envers les autres.


7. Chez celui qui a été respecté (ou qui a fait un travail d’évolution personnelle), les forces de la Vie sont et seront utilisées à deux mouvements :

Exprimer ses élans de Vie, sa créativité
Exprimer l’amour qui est en lui.

8. Nous n’avons que trois moyens de gérer ce qui se passe en nous :

La voie verbale (parler, chanter, crier, hurler)
La voie motrice (bouger)
La voie neurovégétative, porte ouverte aux somatisations puis aux maladies.

> De l’importance en cure de maladies de favoriser l’expression des tensions et émotions accumulées (plutôt que seulement contenir par des sédatifs).
> Apprendre à repérer la fonction - et souvent la fonction porteuse de Vie - de certains symptômes, maladies, ou comportements jugés anormaux, au lieu de les investir comme une malchance, une “calamité” que l’on subit. Repérer le danger pour les personnes et la société, quand on supprime des symptômes qui tentent de dire quelque chose de la profondeur de l’être. D’autres plus graves surviendront.

9. Chacun œuvre toujours pour plus de sentiment de Vie pour lui-même, au sein des contraintes de son histoire.

Plus de Vie pour soi n’amène certes pas toujours, loin s’en faut, plus de Vie pour les autres...
“Comment a-t-on pu en arriver à la seconde guerre mondiale ?”, “Comment peut-on se déshumaniser ?”.
On ne peut y répondre sans analyser les moteurs des actions humaines.
Ces moteurs sont toujours de la Vie. Quand on s’intéresse au fonctionnement des êtres, non pas à l’apparence de leur comportement, on constate qu’il n’y a pas d’instinct de mort.

Or il est impossible d’aller à l’encontre d’un moteur de Vie ; il est trop puissant. A moins de casser la personne. C’est pourquoi les conflits entre les humains sont si durs : chacun œuvre pour sa Vie (au sein de ses conditionnements).

D’où l’importance de repérer les moteurs de Vie, et s’en faire l’allié au lieu de les contrer de manière directe, source de guerre et d’incompréhension, et l’intérêt de se poser face à toute personne qui étonne par son comportement : “à quoi cela lui sert-il de fonctionner ainsi ?” ou “à quoi ce fonctionnement qu’elle maintient par habitude a-t-il pu lui servir dans l’enfance ?”.

10. Pour changer, il est nécessaire de conjuguer deux mouvements.

Tentons un schéma : à l’instant présent chaque personne est faite de toutes ses habitudes d’être, ses mécanismes de fonctionnement, ses habitudes de sentir, éprouver, penser, inscrits en elle depuis sa plus tendre enfance. On peut imager ces habitudes par une colonne A.

Pour changer, il est nécessaire d’engendrer deux mouvements :
Réduire la hauteur de la colonne A, en essayant de se déconditionner des éprouvers et habitudes de fonctionnement qui font souffrir ; les rendre moins prégnants. Pour cela, trois nécessités : revisiter son histoire afin de bien repérer comment on fonctionne, ses conditionnements. Retrouver les émotions de l’enfance ; libérer ces émotions, sa souffrance, et la colère engendrée par toute souffrance (FORMATION 1)
Créer et accroître une colonne B qui représente de nouveaux fonctionnements, de nouvelles manières d’être, sentir et éprouver ; les enrichir et les fortifier, afin que peu à peu la colonne B dépasse la A. Les habitudes liées au passé ne pourront jamais totalement disparaître, puisque ce sont les fondations de l’être (toutes les FORMATIONS).


 

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